La Cour des comptes européenne à la botte de la Commission

En octobre 2015, la Cour des comptes européenne (l’auditeur externe et indépendant de l’UE) a transmis un rapport sur l’évaluation de la « Coopération avec les pays tiers sur les politiques d’immigration et d’asile » et de l’instrument financier européen de voisinage et de partenariat : ENPI. Ce rapport mettait en lumière un grave manque d’évaluation des programmes, qui visent à réintégrer économiquement les migrants de retour dans leur pays, ainsi que leur coût démesuré.

Or, ce rapport et ses conclusions n’ont pas été du goût de la Commission, qui s’est empressée de réagir de manière démesurément agressive. Elle s’est par la suite permise d’adresser une lettre au Président de la Cour des comptes, Vitor Caldeira, pour tenter d’influencer l’auditeur. Trois vice-présidents de la Commission (Frans Timmermans, Federica Mogherini, et Kristalina Georgieva) ont en effet signé la lettre dans laquelle ils s’opposent fermement non seulement à la méthode d’audit mais aussi à ses conclusions.

La Cour des comptes européenne, dont chacun jugera l’indépendance, s’est vue contrainte de modifier le titre du rapport en « Dépenses extérieures de l’UE dans les pays voisins du Sud de la Méditerranée et de l’Est » mais aussi de supprimer le terme « réfugiés » du texte. Cerise sur le gâteau, la Commission fait traîner le dossier qui intervient, selon elle, « dans un contexte compliqué ». Autrement dit, ce ne serait pas le moment de donner encore plus d’éléments aux européens pour condamner la politique d’immigration européenne et ses dépenses faramineuses qui n’offrent que peu de résultats…

En outre, plusieurs eurodéputés qui ont été mis au courant de l’affaire ont réclamé le droit à avoir accès au rapport. Les coordinateurs de la commission du contrôle budgétaire ont par ailleurs adressé une lettre à Vitor Caldeira fin 2015 pour demander des explications.

Une fois de plus, la Commission est dans l’incapacité totale d’assumer ses choix politiques et leurs conséquences désastreuses. Pire, elle tente par tous les moyens d’exercer une pression politique honteuse en faisant taire l’organe d’audit de l’Union qui se veut indépendant.