Colloque sur la francophonie : Intervention de Louis Aliot

Mes chers amis,

Beaucoup de choses sont à évoquer lorsqu’on aborde la Francophonie.
Et beaucoup serait à dire tant le sujet est vaste, riche, complexe et stratégique.

La Francophonie touche à l’identité de la France, à son histoire. La Francophonie touche aussi, et c’est un fait spécifique à notre culture.
Née dans les années 60 celle-ci n’a eu de cesse de se développer.
Véritable fer de lance du maintien de l’exception culturelle française dans les institutions internationales, la Francophonie est l’expression d’une autre vision du monde où s’incarne « l’universalisme Français ».
Présente dans 31 institutions internationales, la Francophonie rassemble près du tiers des nations membres de l’ONU.

La Francophonie est l’espace géopolitique au sein duquel s’incarne une certaine vision du monde, celle des pays francophones, celle d’un monde multipolaire.
Avec 80 États adhérents ou observateurs, c’est presque 1 milliard de personnes qui vivent dans l’espace francophone.

La Francophonie compte 274 millions de locuteurs francophones réguliers. À travers ses opérateurs universitaires, médiatiques c’est 200 millions de personnes qui suivent chaque jour l’actualité en langue française. Le Français est même la 4ème langue la plus employée sur internet.

5ème langue la plus parlée au monde et 2ème la plus apprise, le Français est avec l’anglais, la seule langue à être parlée sur les cinq continents.
Or, une langue, nous le savons, n’est pas seulement un mode d’expression, son usage marque l’adhésion à une culture, des valeurs, un état d’esprit, une identité.
À travers ses 900000 professeurs de français présents dans près de 100 pays (98), la Francophonie permet à notre culture (francophone) de se maintenir et se développer dans le monde.

Le mouvement actuel de dilution progressive des identités trouve sur son chemin un obstacle de taille : la Francophonie. « Si tous les États devaient parler la même langue, penser de la même manière, agir de la même façon, le risque serait grand de voir s’instaurer un système totalitaire à l’échelle internationale, tant il est vrai qu’à travers les termes employés, c’est une culture, un mode de pensée et finalement une vision du monde qui s’expriment ». (Boutros Boutros Ghali).

A l’heure actuelle, 125 millions de personnes suivent encore des études en langue française. Grâce au réseau de la Francophonie, à son dynamisme, c’est une certaine idée de la liberté, de la démocratie et de l’homme qui poursuit son essor dans le monde.
Et la Francophonie a de l’avenir. En 2050, on comptera près de 750 millions de locuteurs francophones réguliers. Aujourd’hui déjà près de 60% de ceux-ci ont moins de 30 ans ! La francophonie est un potentiel pour ses membres !

Dans un monde en crise, comme le nôtre, où certaines cultures sont menacées, je pense aux chrétiens d’orient, au sein duquel certains états s’effondrent (je pense à la Libye) ou risquent de s’effondrer (je pense à l’Algérie), la Francophonie, qui a comme mission la promotion de l’État de Droit, doit retrouver toute sa place dans nos institutions, dans nos politiques.

Mais se pose alors la question de mieux faire vivre la Francophonie, de lui redonner son dynamisme. Le manque d’intérêt de l’État Français pour celle-ci et l’absence de consensus, ont conduit à la nomination d’une canadienne à la tête du secrétariat général. C’est une première dans l’histoire de la Francophonie. Avec 116 des 274 millions de locuteurs francophones, le continent africain n’avait-il pas vocation à conserver ce poste hautement stratégique ?

Mieux faire, c’est aussi décider ensemble, identifier de nouveaux domaines d’excellence francophone. La Francophonie doit redevenir cette maison commune où échangent et décident les pays francophones.

Quand on imagine les défis culturels et identitaires que l’Afrique aura à relever dans les années à venir, on peut envisager que la Francophonie y joue un rôle majeur.
Mes amis, si la Francophonie est un peu ce navire amiral des pays partageant une culture commune, celle de liberté, une logique commune, celle de la subsidiarité, elle est aussi le lieu « où les peuples du Nord, du Sud, de l’Est et de l’Ouest » (D. Wolton), du Canada au Sénégal, devraient être capables de parler de tous les grands problèmes du moment. Y compris économiques !

Avec 8 à 9 % du PIB mondial, 20% des échanges commerciaux au monde se font dans l’espace francophone. 11% des terres agricoles y sont présente et jusqu’à 6% des réserves énergétiques mondiales. Réhabiliter la Francophonie, c’est pour la France et ses nations amies, une autre façon d’assumer leur destinée commune.

Mais pourquoi pas, d’envisager l’avenir et d’affronter ensemble les défis culturels, identitaires, politiques et y compris économiques qui ne manqueront pas de se présenter.

Oui, aujourd’hui et demain, en Europe comme dans le monde, la Francophonie a une utilité et un avenir.